Portraits de femmes

Photos de Sophie Hamilton Smith / Textes de Myriam Gauthier

Alice Tourbier
Propriétaire des sources de Caudalie

Un sourire franc mâtiné de douceur, une allure à la fois décidée et toute en souplesse : telle est Alice. Dans son domaine, les Sources de Caudalie, elle chemine, çà et là, regardant d’un oeil chaleureux et discret ses clients, distribuant une parole précieuse à ses équipes. Elle va toujours de l’avant. Elle tire sa force d’ancrages solides : sa terre et sa famille. N’est-ce pas là toute l’audace de cette femme que d’avoir voulu relever le défi en trouvant son propre chemin. Celui d’entreprendre, de bâtir, de développer, d’innover alors qu’elle aurait pu se satisfaire de vivre aux côtés d’une famille d’entrepreneurs dont la réussite incontestable l’a précédée.
Mais non, Alice est mue par un désir intérieur plus fort : celui de sublimer la place qu’elle a reçue. Aujourd’hui, elle se qualifie d’entrepreneuse de l’art de vivre. Une voie qu’elle trace au quotidien en compagnie de son mari Jérôme. Alors, dans cet environnement où vie privée et vie professionnelle se chevauchent et se bousculent : « Rester authentique est essentiel », dit-elle. Une volonté qu’elle traduit dans la recherche d’harmonie entre tradition et innovation, pour « twister avec le goût du jour ». Car au-delà des vignes bordelaises, elle déploie ses savoir-faire et ses savoir-être sur les terres des Impressionnistes et bientôt, aux pieds des collines champenoises.

Betty Kraft
9 fois championne du Rallye des Gazelles en quad

Betty, ce sont des yeux très clairs et le teint toujours hâlé au contact de la nature. Ne nous y trompons pas, derrière ce visage tout en douceur et bonhomie se cache une détermination sans faille. La volonté de réaliser ses rêves et ne jamais avoir de regrets. Alors ce qui illuminait ses yeux d’enfants est devenu sa vie !

A 17 ans, elle quittait Strasbourg pour suivre la préparation au concours vétérinaire, ce qu’elle devient. Depuis, elle sillonne les routes de Gironde par amour des chevaux. Un métier physique qui ne lui fait pas peur, tout comme les compétitions de jet ski, qu’elle gagne jusqu’à ce que : « Cet univers devienne celui du fric », comme elle dit. Et qu’elle découvre le quad sur les dunes de Tunisie. Une course, deux, trois…Toujours cet appel des grands espaces. Betty, c’est aussi l’histoire de grandes amitiés qui mettront sur sa route le Rallye des Gazelles. Elle en sortira première en quad en 2006, comme durant les 8 années qui suivront avec ses équipières. Et quand elle part pour le Rallye Paris Dakar en 2009, elle est la première femme à passer la ligne d’arrivée, se classant 8e au général !

Ne rien lâcher, c’est comme cela que Betty Kraft avance dans la vie, entourée des siens. Pour faire ce qu’elle aime et se faire plaisir, toujours en battante.

Caroline Guérin Pigeon
Directrice Général du Groupe Pigeon Automobiles

De l’énergie à revendre, de l’enthousiasme à partager et du plaisir d’être tout simplement. Caroline aime ce qu’elle fait à la tête de la société PIGEON. Elle a répondu favorablement à la demande de son père d’intégrer l’entreprise familiale, dans le droit fil de son désir de devenir dirigeant. Pourtant, naturellement elle aurait choisi un autre secteur que celui de l’automobile. D’autant qu’elle n’imaginait pas à quel point ce serait difficile que de faire sa place dans ce monde d’hommes.

Mais Caroline est une femme qui aime se lancer des défis. Aujourd’hui avec le recul, elle peut dire qu’elle en a relevé plus d’un. A commencer par celui d’avoir été à 30 ans femme dirigeante dans l’univers de l’automobile, et de plus la 3e génération de ce fleuron familial, celle qui dit-on… Alors elle met d’autant plus de coeur à transformer l’entreprise pour la faire passer d’un modèle pyramidale hiérarchisé à un modèle collaboratif transversal, afin de la rendre plus agile, plus réactive, et anticipatrice. C’est dire, si elle opère là une véritable révolution dans cet univers si traditionnel de la distribution automobile.

Toutefois, elle veille à ce que ce changement de culture se réalise « sans souffrance, confortablement », dit-elle. Car ce qui la rend heureuse, c’est de voir ses équipes s’approprier le changement, en tirer les bénéfices, se sentir au coeur des process. Caroline parle du « bien-être » dans l’entreprise pour les hommes et les femmes qui travaillent à ses côtés.

Emmanuelle Grizot
Danseuse étoile de l’Opéra de Bordeaux et chorégraphe

Emmanuelle, c’est un peu un Pierrot. Non pour son visage enfariné et son habit blanc mais pour un même regard et la quête de l’inaccessible. A six ans, elle en est convaincue : elle sera danseuse, même quand elle sera vieille. A 12 ans, elle ose demander la permission de quitter le cocon familial pour enfiler chaque jour ses chaussons de danse et ainsi, se rapprocher de son rêve. Quelle récompense !

Car Emmanuelle décroche vraiment la lune quand elle est nommée danseuse étoile de l’opéra de Bordeaux en 2002. Arrivée quelque 20 ans plus tôt comme soliste après de courtes années en Suisse et en Allemagne, elle va « jouer la comédie », du haut de ses pointes, endossant le costume de toutes les héroïnes du répertoire. Et maintenant ? Après avoir tant interprété, elle décide d’écrire pour les autres : elle sera chorégraphe. Elle aime trop la prise de risque, l’adrénaline pour ne plus faire du spectacle.

Alors elle parle de conversion, non pas de reconversion. Bien sûr, cette période de transition est difficile et déstabilisante mais elle est confiante : la mutation se fait petit à petit. Et puis, quand elle veut… Tout comme elle a modelé son corps, elle prépare son devenir, patiemment mais avec acharnement. Avec au fond d’elle, le désir de transmettre pour permettre à d’autres de faire de leur rêve une réalité.

Ethel Le Bobinnec et Catherine Rivard
Fondatrices de l’association Gazellissimes et du Rallye des Pépites

Oui ce sont bien elles, Ethel Le Bobinnec et Catherine Rivard-Escande, qui vont se lancer dans l’aventure du Rallye des Gazelles. Et si elles vont traverser le désert, elles vont aussi traverser des grands moments de bonheur et de solitude, à deux ou séparément. Alors elles penseront à ceux restés à la maison. Et, même si parfois ces maris auront bougonné de voir leur espace de vie envahi, ils auront été de tous les instants, engagés des mois durant à leurs côtés. Car n’est-ce pas Michel qui a mis le marché entre les mains de Catherine ? Lui disant un soir « je te fournis la voiture, je te la prépare, et toi tu n’as plus qu’à trouver une équipière pour partir ». Connaissant sa femme, c’était bien joué ! Catherine, les yeux écarquillés, est passée en un quart de seconde de la surprise à l’action. Ca, c’est tout elle !

Quelle partenaire ? Ethel bien sûre ! Qui ne recule pas devant l’obstacle, enclenchant aussitôt la vitesse supérieure en mettant son mari Bob dans la boucle, prêt immédiatement à déplacer des montagnes. Bob, toujours présent lorsque l’idée du Rallye des Pépites voit le jour car, dit-il « C’est chouette en tant qu’homme de soutenir l’entrepreneuriat des femmes ». Cet évènement dans l’évènement, né de l’envie de partager et de valoriser plus largement les aventures d’entreprises au féminin, fournit à Ethel et Catherine de multiples occasions de se découvrir autrement et en toute situation. Bonne aubaine avant le grand plongeon dans le Rallye des Gazelles, de souder un peu plus nos 4 compères, entourés du soutien indéfectible des bénévoles !

Impressionnés tous les jours davantage par l’énergie et la puissance que déploient leurs femmes, Michel et Bob auront tout fait pour qu’elles vivent cette belle aventure 2015. Catherine, la baroudeuse dans l’âme poussant toujours un peu plus loin les limites, et Ethel la fonceuse à la recherche des sensations de son enfance dans le désert, là où les sens sont en permanence en alerte…

Regardez-les comme ils sont déjà solidaires… Une belle histoire d’amour et d’amitié. Sûr qu’elles se battront jusqu’au bout !

Hélène des Ligneris
Dirigeante de la librairie La Machine à Lire à Bordeaux

Des yeux pétillants, un regard bien déterminé ! Déterminé à dire « non » au parcours classique dont elle avait pourtant rêvé enfant et auquel elle était destinée. Après quelques années à exercer le métier de géologue, Hélène comprit que cette voie n’était pas la sienne. Elle est alors partie s‘occuper d’insertion et plus précisément de ceux qui sont privés de liberté. Et là, elle se sentit immédiatement à sa place. Pourquoi ? Mystère, elle ne saurait encore aujourd’hui l’expliquer, si ce n’est que la recherche de sens relevait pour elle d’une nécessité vitale.

Avec un peu de recul, de son propre aveu, le sens, elle le trouve dans les « espaces d’émergence » qu’elle développe. Des lieux où la parole des hommes et des femmes peut se partager, des lieux où la pensée et la culture en débat jouent un rôle social, où les emplois sont sauvegardés et créés. En 2008, tout en restant engagée dans le monde de l’insertion, elle prend la direction de la Machine à Lire. Elle y réalise avec son équipe un véritable travail de passeur, comme elle aime dire. Et ce seront ensuite d’autres espaces qu’elle investira de la sorte et qui deviendront La Petite Machine, La Machine à Musique et enfin La Machine au Théâtre.

Il est toujours question de redonner vie, d’offrir une seconde chance, de réintégrer. C’est en cela qu’Hélène des Ligneris ose être ce qu’elle est. Tout simplement « Faire que sa chance devienne celle des autres », résume si bien une de ses amies. Elle en est heureuse. Juste une affaire de sens…et de liberté.

Jessica Milot
Directrice du réseau d’affaires BNI

Elle est comme ça Jessica : nature. Elle ne joue pas, ni ne s’embarrasse, avec les fioritures. De ses yeux, de la couleur du daim, jaillit une lumière mordorée qui ne vous laisse pas indifférent. Pour certains ça passe, qui m’aime me suit. Pour d’autres ça casse, on ne peut pas plaire à tout le monde.

D’autant qu’elle aime bien aller à l’encontre des stéréotypes, tant elle est convaincue qu’en chacun de nous se cachent des talents qui ne demandent qu’à se révéler. Peut-être manque-t-il juste le petit coup de pouce, la bonne connexion, la bonne rencontre. Sa rencontre à elle, ce fut le réseau de recommandations d’affaires BNI, Business Network International. Pourtant, il lui en a fallu de l’audace quand fraichement arrivée à Bordeaux, cette femme, Parisienne de surcroît, créé ici ces groupes de chefs d’entreprises qui, comme aux Etats-Unis, parlent entraide et coopération pour développer leur business dès 7h du matin ! Là, elle donne sans compter et reçoit aux centuples tant la réussite des entrepreneurs qu’elle « aide » l’emplit de bonheur.

Une manière d’être qui lui parle au plus profond d’elle-même et qui lui vient de son père. De lui, elle sait que le monde du travail peut se conjuguer avec les valeurs de la solidarité. Alors c’est aussi pour ce père, disparu lorsqu’elle avait seize ans, que Jessica continue à sa manière à porter et à transmettre ces mêmes valeurs, dans le monde professionnel comme à la maison, dans son rôle de « maman ».

Karima Pin
Dirigeante de l’entreprise Enka Street Food et lauréate du Réseau Entreprendre

C’est avec un large sourire et un rire cristallin en cascade que Karima accueille ses clients pour un en-cas à l’heure du déjeuner chez ENKAS Street food ; Voilà une aventure entrepreneuriale à laquelle ni ses origines familiales ni les années passées dans les assurances ne la prédisposaient. Et pourtant un jour, elle sentit que le moment était venu de s’adonner à sa passion de la cuisine et de la faire partager ! Restait à imaginer comment… Dès lors plus rien ne l’arrêta. Pas même ses doutes sur ses chances de réussite, ou les difficultés rencontrées dans ses démarches. Car si aujourd’hui le résultat est là, rien ne fut facile.

Le triporteur de Karima, le bien nommé ENKAS Street food, est posté depuis plus d’un an devant le CHU Pellegrin. Il est à son image : il vous donne du peps rien qu’à le regarder tant ses couleurs sont gaies, sa forme originale et ludique ! Et puis, Karima tenait à ce que ses frigos soient alimentés par des panneaux solaires sur le toit, signe de son engagement dans le développement durable. Tout en passant commande d’un snack frais du matin composé de produits locaux, vous prendrez le temps d’échanger avec elle le bras appuyé sur une tablette en forme de rondelle de citron.

Toute la gentillesse de Karima est dans cet accueil. Alors, que valent les coups de pédales à tracter son outil de travail à la force de ses mollets et par tous les temps, quand on est témoin de son plaisir à retrouver chaque jour sa clientèle d’habitués, à sourire aux passants…et à faire découvrir ses talents de cuisinière.

Karin Barde
Directrice de l’entreprise Handi’Home et lauréate du Réseau Entreprendre

Karin, c’est l’éclat d’un visage où la joie et la fermeté s’entremêlent dans une belle harmonie. Avoir un jour décidé que sa vie de femme ne se limiterait pas à la gestion du quotidien, aussi agréable soit-il, n’est certainement pas étranger à l’affaire ! Et, comme elle savait depuis son plus jeune âge qu’un jour elle serait « chef d’entreprise », après quelques années passées comme salariée, elle se lance.

Handi’home née en 2010 d’une idée simple comme elle dit : « Apporter aux personnes handicapées un service de qualité à domicile. » Simple à dire, plus compliqué à réaliser, d’autant que ses aspirations la portent vers un projet totalement innovant ! Innovant parce qu’elle tient à ce que la complicité et la relation personnelle entre l’équipe d’auxiliaires de vie et chaque personne handicapée soit au coeur de l’accompagnement, au même titre que la qualité de leur intervention. Innovant parce qu’elle a installé ses bureaux dans une maison afin que ses salariés et ses « clients » se sentent ici comme chez eux, disposant à loisir de la cuisine, de la piscine.

Alors aujourd’hui, Karin est libre. Parce qu’elle a osé aller au bout d’un projet atypique, le sien, au nom de ses valeurs. Et puis libre de pouvoir gérer son temps et ainsi de voir grandir son petit garçon, fière du résultat de ses choix.

Laure Lesme Berthomieux
Directrice du Crédit Agricole Aquitaine et Directrice générale adjointe de la Caisse Régionale Aquitaine

Des yeux vifs et chaleureux, un regard doux et serein : tout invite au partage avec cette femme lumineuse. Serait-ce le résultat de l’équilibre épanouissant entre vie professionnelle et vie privée ?

Dans cette recherche, le sacrifice n’a pas sa place. Laure mène « ses aventures professionnelles » se donnant la liberté de choisir sa route, passionnée par la conduite du changement et des projets. A Paris, au sein du Crédit Lyonnais puis du Crédit Agricole, elle est passée de fonctions commerciales et managériales à la direction du contrôle de gestion, du secteur des grandes entreprises à celui des particuliers, de la direction d’agence à celle de réseau. Tout cela, jamais au prix de ses vies de femme et de mère. Les clés de sa réussite ?

Des choix toujours partagés et assumés avec son mari et ses enfants, expliquant en quoi ce nouveau projet est important et comment elle sera toujours présente auprès des siens. Depuis mars, Laure Lesme-Berthomieux est directeur général adjoint de la Caisse Régionale d’Aquitaine. Elle est venue seule. Rassurez-vous tout va très bien, c’est un choix pris en famille. A peine une audace, juste en accord avec elle-même, dans l’amour pour son mari et ses enfants devenus grands et fiers de leur mère. Un bien bel exemple pour eux.

Odile Candessanche
Fondatrice de l’entreprise Tourism & City Tour, présidente du Centre des Jeunes Dirigeants de Bordeaux et lauréate du Réseau Entreprendre

Une poignée de main franche, accompagnée d’un regard direct. De l’air de dire : Action. On tourne. Et les images de défiler comme dans un film au scénario bien construit, où tout s’enchaine naturellement. Car, comme le dit cette Bordelaise, elle avait tout pour réussir lorsqu’elle crée Tourism & City Tours en 2007. Elle avait déjà organisé des visites panoramiques de Bordeaux durant 10 ans dans un cadre associatif, et dans le même temps, la ville se transformait en une destination toujours plus séduisante pour les touristes.

Alors, puisque Odile est trop modeste pour se reconnaître un quelconque mérite, nous lui attribuerons celui d’être audacieuse par nature ! Elle n’hésite pas à tourner le film en accéléré, à foncer malgré les obstacles, à pousser les portes, à bousculer les codes, à apporter des solutions. Et sa force de conviction de faire le reste pour aller au bout de ses projets de circuits dans cette région qu’elle est fière de faire découvrir avec un autre regard.

Quand nous croisons un bus à impériale ou un car cabriolet à Bordeaux, à St-Emilion ou à Arcachon, nous sommes certains que les touristes en descendent la tête emplie des belles histoires et des belles images qu’elle leur dévoile. Clap de FIN. Producteur et réalisateur : Odile Candessanche.

Véronique Fayet
Présidente du Secours Populaire, ex-adjointe au Maire de Bordeaux

Véronique FAYET, c’est une voix et des rires, une énergie qui fait du bien au premier contact. Une sensation d’ouverture simple et joyeuse. Aller à la rencontre de mondes nouveaux est au coeur du parcours de vie de cette belle personne, encore aujourd’hui. C’est, comme elle le dit : « Faire des sauts dans le vide. »

Son audace c’est de dire oui à l’opportunité et à la sollicitation, souvent très vite, sans chercher à savoir, comme poussée par une intime conviction que sa vie est là : oser s’immerger, entrer, découvrir et comprendre d’autres réalités que la sienne. Avec pour finalité, celle d’agir. Ce fut d’abord l’Afghanistan en 1974 avec son mari, pour 18 mois de coopération. Forts de leur diplôme d’économiste, ils pensaient en apprendre aux Afghans. « Nous avons bien davantage reçu », dit-elle. De retour en France, c’est l’engagement contre l’exclusion, puis l’engagement politique.

Et aujourd’hui, la présidence du Secours Catholique-Caritas France, où Véronique FAYET oeuvre pour soutenir les personnes pauvres et leur combat pour les droits et la dignité. Des expériences de vies qui lui ont sans cesse demandé de se remettre en question, d’accepter de se faire bousculer, d’être bouleversée, de développer une attitude d’écoute et d’apprentissage. C’est ce qui fait la femme que vous rencontrez aujourd’hui.